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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 14:00
E-durar e-sanniya
par Karim Zentici

(Partie 1)

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches,
et tous ses Compagnons !

Personne ne peut imposer aux gens d’adhérer aux idées d’une personne, par l’intermédiaire desquelles se désigneraient les alliés et les ennemis en dehors du Prophète . Personne n’a le droit non plus d’imposer un discours qui ferait la part entre les alliés et les ennemis en dehors des Paroles d’Allah, celles de Son Messager, et celles qui font l’unanimité de la nation. Cette particularité est plutôt propre aux innovateurs, ceux qui se désignent une personne ou des paroles qui auraient pour fonction de trancher ou de diviser entre les membres de la communauté. Leurs alliés seraient ceux qui adhèrent à cette personne ou à ce discours, et en fonction de cela seraient désignés les ennemis.
Majmû’ el fatâwâ
(2O/164).



Long est le chemin qui mène des ténèbres à la lumière, long est le chemin du savoir et de la vérité… rien de mieux pour y parvenir, que de s’armer (après la piété) d’endurance et d’abnégation… mais force est de constater que certains jeunes, en manque de reconnaissance pour les plus téméraires, brûlent les étapes, et empruntent des raccourcis : il suffit parfois de se distinguer des autres pour se faire remarquer… il faut reconnaitre que le procédé était facile et bien trouvé… bien que plus court est le chemin, plus tôt est la chute !

E-durar e-saniya, qui est une compilation des écrits des savants de la da’wa najdiya, était tout désigné pour assouvir ces sombres ambitions. Peu connu du grand public, il convenait idéalement pour assujettir et tourner les esprits vers soi. Le plus drôle, c’est que pour des gens qui taxent d’apostats les États musulmans pour avoir, à leurs yeux, tourner le dos au Coran infaillible, ils s’inspirent d’une œuvre qui n’est que la somme de travaux humains, avec tous les aléas que cela implique. Les premiers kharijites avaient au moins la décence de prendre le Livre Sacré des musulmans, comme « La » référence. Ils n’en furent d’ailleurs pas moins égarés, car le Coran lui-même : [en égare beaucoup].[1]

Là où ils se rejoignent avec leurs héritiers, c’est que tous autant qu’ils sont, ils ont recours à des textes ambigus, dans le but de semer la confusion dans les rangs, ce qui démontrent, comme le souligne ibn Taïmiya,[2] qu’ils sont plus animés par les passions, que par la recherche de la vérité :
[Quant à ceux qui ont les cœurs égarés, ils s’attachent aux Versets ambigus en vue de semer la discorde et de les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[3]
Les savants érudits ont donc la particularité de confronter les textes ambigus aux textes formels, soit de les utiliser dans leur globalité, non de prendre seulement ceux qui les arrangent.



Ces savants qui dérangent sont d’ailleurs souvent la cible de ces jeunes ignorants aux idées les plus rebelles. Ibn Taïmiya souligne à ce sujet : « L’une des pratiques les plus ignobles, c’est de voir les ignorants taxer les savants musulmans d’apostats. Une telle pratique vient à l’origine des kharijites et des rafidhites qui condamnaient les responsables musulmans d’apostats. »[4]
Ce n’est pas étonnant que l’Imam ibn Bâz n’ait pas échappé à leur vindicte, bien que ce soit plutôt une bonne nouvelle, car, comme le souligne ibn Abî Hâtim : « Les signes distinctifs d’ahl el bida’ (les innovateurs ndt.), c’est de dire du mal d’ahl el athar (les traditionalistes ndt.). »[5]



Ces jeunes insensés ne se contentent pas d’avoir une approche incohérente des textes qu’ils utilisent, mais qui plus est, ils en pénètrent mal le sens. C’est pourquoi, ces propres textes se retournent souvent contre eux. Dans el jawâb e-sahîh, ibn Taïmiya brosse le profil psychologique des chrétiens qui n’ont rien à envier à ses derniers dans leur relation avec les Écritures, wa Allah el musta’ân !


Les savants des durar e-saniya faisaient allégeance à l’émir de leurs époques respectives :

Ainsi, nos « amis » veulent nous faire croire, que contrairement à Sheïkh ibn Bâz, les savants des durar e-suniya, ne craignaient, en dehors d’Allah, rien ni personne. C’est une technique classique des kharjites anarchistes, qui se désolidarisent des savants de leur époque, pour faire ensuite dans la nostalgie. Mais, ce qu’ils ne savent pas ou qu’ils font semblant de ne pas savoir – c’est selon –, c’est que les savants des durar étaient confrontés aux mêmes symptômes que l’ancien grand mufti d’Arabie Saoudite. Cela ne les a pas empêché de faire abstraction aux revendications dissidentes et de maintenir le pacte d’allégeance qui les liait à leurs rois successifs. Sans omettre de souligner qu’ils étaient plus à même de faire part des erreurs aux autorités compétentes et de faire leur devoir de morale sans craindre le blâme de personne,[6] à la manière de l’aveugle érudit. Sulaïmân ibn Sahmân lui-même fait des éloges pour le moins déconcertantes pour un non-averti au père du Roi actuel (d’autres que vous verras en lui qu’il est à la botte du sultan), dans une lettre que recensent… e-durar e-suniya.[7]


Les savants des durar e-saniya condamnaient les kharijites qui s’étaient insurgés contre le Roi ‘Abd el ‘Azîz :

Or, malgré l’approbation populaire dont jouissaient certains membres des ikhwâns man tâ’ allah,[8] les savants des durar firent front à ses derniers. Ils affichaient pourtant un grand zèle pour le tawhîd (l’unicité), l’amour en Dieu (el walâ wa el barâ), et la morale publique (el amr bi el ma’rûf). En faisant ainsi leur devoir, ces fameux savants déclenchèrent la colère du peuple, un peu comme ibn Bâz en son temps. Notons que les insurgés étaient certes des religieux, mais ils n’étaient pas pour autant des savants. Cette ardeur mal placée qui avait mué leur action, et qui avait gagnée la faveur populaire n’intercédait nullement en leur faveur.


L’histoire se répète ! Un peu comme aujourd’hui en effet, ils accusaient les porteurs du savoir d’être les serviteurs du palais. Ils furent ainsi les premières victimes de leur mauvaise opinion des héritiers des prophètes, car, ayant coupé les liens avec eux, ils se privaient ainsi d’enrichir leur culture religieuse. C’est pourquoi, c’était un domaine où, très pauvres, ils étaient très mal à l’aise. Il ne leur restait plus qu’à se tourner, vers des ignorants – décidément, c’est une manie – qui les entrainèrent droit dans un *** de sac.[9]


Les savants des durar e-saniya reprochaient à certains de leurs contemporains de puiser la science uniquement dans les livres :

Certains de leurs contemporains en effet se contentaient de prendre les paroles des grandes références au premier degré. Ils ne prenaient nullement la peine de les exposer à leurs savants qui auraient pu les orienter, se suffisant ainsi à leur propre compréhension. Ils s’inspiraient de majmû’ e-tawhîd (que les jours se ressemblent !) et des paroles du savant un tel. Le fait est qu’ils ne pénétraient nullement ses réelles intentions, ce qui les plongeait encore plus loin dans l’obscurité de l’égarement. Ils avaient ainsi hérité des méthodes des kharijites, à la différence où les kharijites cherchaient au moins, certes à tort, à comprendre le Coran tous seuls (ou en d’autres termes ils ne se fiaient pas à la compréhension des anciens), bien qu’ils n’y soient pas arrivés. En cela, ils sont moins condamnables que ceux qui cherchent leur voie dans les écrits des hommes, sans avoir les outils suffisants leur permettant de les décrypter. Il va sans dire, que cela relève de la compétence des experts en la matière.

Pour Mohammed ibn ‘Abd e-Latîf, à vouloir se passer des savants sous prétextes d’avoir majmû’ e-tawhîd sous la main, c’est foncer droit sur un mur. Sinon, le Prophète  n’aurait jamais dit que le savoir se dissipera avec la mort des savants, et qu’ensuite, les hommes auront pour références les plus grands égarés…[10]

À suivre…

Par : Karim Zentici





[1] La vache ; 26

[2] Voir notamment : El Jawâb e-Sahîh li man baddala din el Masîh (2/710) et majmû’ el fatâwa (3/62-63).

[3]
La famille d’Imrân ; 7

[4]
Majmû’ el fatâwa (35/100).

[5] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna d’e-Lâlakâî (1/179). Quand bien même ibn Bâz se serait trompé sur certains de ses opinions, la bonne marche à suivre consiste à montrer les erreurs sans forcément condamner d’apostat leur auteur.

[6]
Voir : E-durar e-saniya (7/282) pour la 2ème édition et (9/104) pour la 5ème édition.

[7]
E-durar e-saniya (14/540).

[8] Heureusement pas tous, comme ne témoigne e-durar e-suniya (9/199) de la 5ème édition.

[9] Voir : E-durar e-saniya (7/294-298) pour la 2ème édition et (9/127-135) pour la 5ème édition. Sheïkh ‘Omar ibn Mohammed ibn Sulaïm fait ce même constat [Voir : (7/313) pour la 2ème édition et (9/166) pour la 5ème édition.

[10] Idem.

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Published by Salafiya contre terrorisme
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