Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 23:30

Voir : Da’wa Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya wa Atharaha ‘alâ el Harakât el Islâmiya el Mu’âsara wa Mawqif el Khusûm minhâ de Sâlih e-Dîn Maqbûl Ahmed.

 

Que les Prières et les Salutations d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed ainsi que sur sa famille et tous ses Compagnons !

 

Les mouvements réformateurs contemporains ont pour père spirituel Jamel e-Dîn el Afghânî (m. 1898) et son disciple Mohammed ‘Abdû (m. 1905). Si Jamel e-Dîn a réellement existé, d’énormes énigmes planent encore sur son identité, et certaines même relèvent de la légende. Serait-il en effet d’origine afghane ou iranienne ? Était-il un sunnite Hanafî ou bien un shiite duodécimain ? Était-il un réformateur musulman ou un prédicateur maçonnique ? Auquel cas, savait-il vraiment ce qu’il faisait ou bien n’était-il qu’un pantin entre les mains des francs-maçons ? Au niveau de son engagement politique, était-il socialiste ou nationaliste ? Est-il mort empoisonné ou bien suite à une négligence lors d’une opération chirurgicale qu’il a subite ? Ses obsèques furent-elles publiques ou bien secrètes ? Connaît-on l’emplacement exact de sa dépouille ? Toutes ses questions réclament autant de réponses que ce personnage mystérieux a peut-être emporté pour certaines, avec lui dans sa tombe.[1]

 

Une chose est sûr, c’est qu’il était d’origine iranienne et qu’il a évolué dans un univers shiite. Il a étudié à Qaswîn, Téhéran, et en Iraq. Tous ses maîtres étaient d’obédience shiite. Il fut même soupçonné d’être de confession ésotérique (Bâtinite), de la secte Bâbiya plus exactement. On lui reprocha même d’être athée pour ses idées au sujet de la prophétie qu’il considérait d’inspiration humaine. Il considérait également qu’il était possible de se contenter du Coran comme source scripturaire de l’Islam au dépend de la Tradition prophétique. Il ne reconnaissait pas non plus les miracles prophétiques, il adhérait au monisme (Wihdat el Wujûd), il appelait à l’union des religions et au rapprochement entre le sunnisme et le chiisme, il avait un discours proche de celui de Darwin sur l’origine et l’évolution de l’homme, etc.

 

Il s’est rallié à la loge maçonnique anglaise qu’il abandonna par la suite pour son manque d’engagement politique avant de se joindre à la loge maçonnique française. Il devint même le président de sa section en 1878, en Egypte où il fonda notamment une loge où se réunissaient les adeptes de différentes confessions (juives et chrétiennes notamment) en vue de prôner la liberté de religion. Politiquement engagé, il eut des activités secrètes et dissidentes dans tous les pays où il se trouvait (l’Inde, l’Afghanistan, l’Iran, l’Egypte et la Turquie). Il monta des organisations secrètes qui avaient pour objectif de monter le peuple contre les autorités en place.

 

Quant à Mohammed ‘Abdû, il prit les rênes de la loge maçonnique en Egypte après la disparition de son maître. Il entreprit plusieurs voyages en Europe et au Moyen-Orient, mais il ne lui vint jamais à l’idée de consacrer le pèlerinage à la Mecque. Considéré alors comme le « grand Muftî », il véhicula les idées de son maître au cœur des plus hautes autorités religieuses comme el Azhar. Il était très laxiste (trop souple) dans les Fatwa qu’il énonçait. Il autorisait notamment de consommer la viande des animaux tués par électricité, comme il autorisait certaines formes de Riba (l’usure). Sur certaines des photos que l’on a retrouvées de lui, il pose avec des européennes dévoilées. Il avait un bagage très léger dans le domaine de la Sunna, mais il était très éclairé dans la philosophie et la pensée occidentale.[2]

 

Or, force est de constater que les mouvements islamiques contemporains font un étrange parallèle entre ces deux personnages controversés et Sheïkh el Islam ibn Taïmiya. Les orientalistes eux-mêmes ont pris le relais en faisant véhiculer un tel amalgame. Pourtant, les œuvres d’ibn Taïmiya sont les témoins vivants de sa pensée qui prônent de revenir scrupuleusement aux sources de l’Islam qu’incarnent le Coran et la Sunna.

 

Contrairement à celui des « penseurs » musulmans contemporains, son prêche est basé sur la croyance sans altération en Allah, en Ses Noms et Attributs, et aux dogmes liés au monde de l’inconnu telles que la croyance à l’Enfer, au Paradis, aux anges, et aux Djinns. Conformiste, il composa son œuvre grandiose Manhaj e-Sunna en réfutations aux égarements des Shiites Rafidhites. Il lacéra également de sa plume acerbe le dogme soufi du monisme auquel adhérait ibn ‘Arabî, à travers des écrits qui le menèrent en prison en 707 h. Il n’épargna pas non plus la philosophie et la logique grecque qu’il réfuta comme jamais personne ne l’avait fait avant lui.[3] Il était l’adversaire acharnée de toutes les formes d’hérésie et de tous les dogmes contraires à l’Islam à commencer par celui des chrétiens, etc.

 

Du côté de l’Inde, le journaliste écrivain Abû Ya’lâ el Mawdûdî (1903-1979) s’érigea en réformateur de l’empire musulman décliné. Ses écrits jetèrent les fondements de l’insurrection contre le colon anglais dans la période entre 1933 et 1941. Virulent activiste, ses articles furent prisés dans les milieux religieux indiens par l’intermédiaire notamment de la revue Turjumân el Qur-ân qui vit le jour en 1932. Le 26 août 1941, il réunit soixante quinze personnalités venant de toute l’Inde à Lâhûr ; celles-ci l’élirent après un vote, à la tête de leur nouveau mouvement qu’elles baptisèrent el Jamâ’a el Islâmiya. Il prit sa retraite trente et un ans plus tard en novembre 1972, mais il garda un œil bienveillant sur son ancienne organisation jusqu’à sa mort.[4] Obstiné par la révolution contre l’ordre établi, il fut plusieurs fois jeté en prison et fut même condamnée à mort en 1953. Il échappa toutefois à cette sentence grâce à la décision du tribunal de le gracier.[5]

 

Certains intellectuels musulmans se plaisent à comparer el Mawdûdî à ibn Taïmiya.[6] Pourtant, il existe une différence énorme entre les deux hommes. Il suffit pour s’en rendre compte de se pencher sur les points principaux qui composent la pensée d’el Mawdûdî et de faire ensuite un parallèle avec celle d’ibn Taïmiya. Abû Ya’lâ fait de la prise du pouvoir une obsession, à tel point qu’à ses yeux le coup d’état est l’acte de dévotion par excellence, et que la mission de tous les prophètes sans exception tourne autour de cette ambition.[7] Parfois il interprète l’Islam selon une conception exclusivement politique et d’autres fois, selon une conception philosophique.[8] Ibn Taïmiya fut confronté à son époque à ce genre d’idée. Son livre Manhâj e-Sunna dans lequel il réfute les idées du Shiite Rafidhîte ibn el Mutahhîr el Hullî, souligne en effet : « Il est faux de dire à l’unanimité des musulmans –shiites et sunnites – que la question du pouvoir est le fondement le plus important de l’Islam. Le prétendre est même une forme d’apostasie étant donné que le fondement le plus important se confine dans la croyance en Allah et à Son Messager. Il est élémentaire que ce fondement soit bien plus crucial que la question du pouvoir… Il faut être un ignorant ou un menteur pour simplement considérer que cette question compte parmi les fondements de la foi. »[9]

 

Influencé qu’il fut par la philosophie grecque et la logique aristotélicienne à l’origine de la pensée occidentale,[10] el Mawdûdî va plus loin dans son raisonnement. Il considère en effet que la prière, le jeûne, l’aumône, le pèlerinage, l’évocation d’Allah, et la lecture du Coran, sont des rituels secondaires ayant pour fonction de se préparer à un rituel fondamental qui consiste à instituer le pouvoir divin sur terre. À la façon d’ibn Sînâ dans el Ishârât, l’adoration selon lui, se met au service de la civilisation et de l’urbanisme.[11] Pour ibn Taïmiya cependant, l’homme génère deux forces en lui : une force théorique au niveau du savoir et une force pratique au niveau de la volonté. Il doit pour s’épanouir dans son cheminement vers Dieu conjuguer entre ces deux forces. D’une part, il doit connaître, aimer, et craindre Son Seigneur et d’autre part, il doit l’adorer Seul et sans lui vouer aucun associer. La mission des prophètes propose d’éduquer les hommes à ces deux niveaux.[12]

 

Quant aux philosophes, ils considèrent que les actes d’adoration ont pour fonction de corriger le comportement et de préparer l’individu à recevoir le savoir qui constitue la perfection de l’âme. Le but étant d’améliorer la vie au foyer et dans la société. C’est ce que l’on appelle la « sagesse pratique ». Les rituels seraient donc de simples moyens et le savoir serait une fin en soi. C’est pourquoi, les rituels n’ont plus de raison d’être pour celui qui a atteint cet objectif comme notamment le soutiennent les ismaéliens Batinites (ésotéristes) pour certains, les soufis, les adeptes du Kalam, et les shiites.[13] El Mawdûdî se permet même de critiquer les grands réformateurs musulmans à l’instar d’ibn Taïmiya qui parsemèrent l’Histoire, car ils n’ont pas réussi à ses yeux le pari de renverser les pouvoirs païens en place, en vue d’instaurer l’état musulman « utopique ».[14]

 

Dans son livre el Khilâfa wa el Mulk, au grand bonheur des shiites et des kharijites Abû Ya’lâ se permet de juger en mal certains Compagnons comme ‘Uthmân ibn ‘Affân, Mu’âwiya ibn Abî Sufiân, Sa’d ibn Abî Waqqâs, ‘Amr ibn el ‘Âs, et ‘Abd Allah ibn Abî Sarh.[15] En pur traditionaliste qu’il était, ibn Taïmiya ne se serait jamais permis d’être aussi téméraire…

 

Traduit par :

Karim ZENTICI

    

 



[1] Voir : Da’wa Jamâl e-Dîn el Afghânî fî Mîzân el Islâm de Mustapha Fûzî Ghazâl (p. 198), el Islâm wa el Hadhâra el Gharbiya (p. 74), et Lamahât Ijtimâ’iya fî Târîkh el ‘Irâq el Hadîth (3/313).

[2] Voir : Mawqif el ‘Aql wa el ‘Ilm wa e-dîn wa el ‘Âlim min Rabb el ‘Âlamîn de Mustapha Subrî (1/342), el Ittijahât el Wataniya fî el Adab el Mu’âsir du D. Mohammed Mohammed Husaïn (1/329). 

[3] Dans son article paru en anglais, Les musulmans et les grandes écoles philosophiques (en 1927), Sulaïmân e-Nadawî avance que les travaux des deux philosophes anglais John Mill et David Hum aboutissent aux mêmes conclusions que Sheïkh el Islam ibn Taïmiya dans sa réfutation de la logique aristotélicienne ; il ouvre ainsi la porte à un superbe sujet de recherche.

[4] Voir : Abû Ya’lâ el Mawdûdî Fikruh wa Da’watuh d’As’ad Jîlânî (p. 524-525).

[5] Voir : l’introduction à Mawqif el Jamâ’a el Islâmiya min el Hadîth e-Nabawî de Mohammed Ismâ’îl e-Salafî (10-11).

[6] Voir notamment : Abû Ya’lâ el Mawdûdî Fikruh wa Da’watuh (p. 46).

[7] Voir : el Usus el Akhlâqiya li el Haraka el Islâmiya d’el Mawdûdî (p. 16).

[8] Voir : e-Tafsîr e-Siyâsî li Islâm d’Abû el Hasan e-Nadâwî

[9] Voir : Manhâj e-Sunna d’ibn Taïmiya (1/16626).

[10] Il eut notamment comme maître à penser, le philosophe humaniste allemand Hegel, l’auteur de ces paroles : « Le nègre représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline. Pour le comprendre, nous devons abandonner toutes nos façons de voir européennes. Nous ne devons penser ni à un Dieu personnel ni à une loi morale ; nous devons faire abstraction de tout esprit de respect et de moralité, de tout ce qui s’appelle sentiment, si nous voulons saisir sa nature… on ne peut rien trouver dans son caractère qui s’accorde à l’humain. » Georg W. F. Hegel : La raison dans l’histoire. Introduction à la philosophie de l’histoire, Paris, Éd.10/18, 1965, p. 234 et 251.

[11] Voir : Tanqîd el Masâil de Mohammed el Ghûnadlawî (p. 66-67), et Tafhîmât d’el Mawdûdî (p. 68).

[12] Voir : Manhâj el Anbiyâ fî e-Da’wâ ilâ Allah de Sheïkh Rabî’ el Madkhalî.

[13] Voir : Majmû’ el Fatâwa d’ibn Taïmiya (9/136).

[14] Voir : Mu-jiz Târikh Tajdîd e-Dîn wa Ihyâhih (73-79).

[15] Voir : el Khilâfa wa el Mulk fî Mîzân e-Shar’ wa e-Târikh (551-553).

 

Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Salafiya contre terrorisme - dans salafiya-contre-terrorisme
commenter cet article

commentaires